Il y a peu, nous réalisions, Loïck Roche, directeur de Grenoble Ecole de Management et  moi, l’interview de l’auteur de cet ouvrage au titre interpellant La nature politique de l’entrepreneur. Selon Patrick d’Humières, les grandes entreprises sont face à des responsabilités devenues éminemment politiques au vu de la puissance inédite qu’elles ont atteinte dans l’histoire de l’humanité (cf les entreprises du CAC 40 et les GAFAM). J’ajouterais TOUTES les entreprises et les entrepreneurs quelles que soient leur nature et leur taille. Une vision qui illustre parfaitement l’importance de la compréhension et de la maîtrise de son influence dans la société. Une influence qu’il faut parfois révéler pour donner plus de souffle et d’impact à son activité pour la développer et lui donner du sens. Ce qu’attendent les citoyens-consommateurs et les citoyens tout court.

Extrait de l’interview réalisée le 3 octobre 2017.

Comment mettre en pratique cette mutation ?

Les initiatives sont nombreuses sur lesquelles les dirigeants peuvent s’appuyer, s’inspirer. Certains chefs d’entreprises entretiennent déjà un nouveau rapport au monde. Il existe aujourd’hui des référentiels et des business cases très opérationnels.

Je donnerais trois clés : (1) Diriger avec ses parties prenantes en les écoutant, en les respectant. Le développement endogène et organique des entreprises n’a plus de sens, il détruit image et attractivité ; (2) Collaborer à la régulation des marchés comme ceux de l’huile de palme ou des Telco. Ce sont de bons exemples de co-construction des règles avec l’Etat et non en opposition ; (3) Innover pour le bien commun en réorganisant la valeur apportée. L’industrie pharmaceutique doit, par exemple, trouver les modèles pour fournir des médicaments à tous ceux qui en ont besoin y compris aux populations les plus pauvres.

Vous parlez de grandes entreprises. Les PME/TPE n’ont-elles pas leur mot à dire?

La réalité, c’est que 50 000 entreprises mondiales dirigent les marchés. La PME subit le mouvement même si cela peut s’améliorer. Ce sont les grands groupes qui font l’innovation, l’essentiel des dépenses de publicité, la collecte de l’épargne parce qu’elles sont cotées. C’est un sujet de grands groupes car les PME sont dans une forte dépendance.

On observe cependant des contradictions entre le discours de ces grands groupes et leurs actions ?

C’est évident. Quand un leader trompe ses parties prenantes — comme ce fut le cas de Volkswagen — il entame sa crédibilité et celle de sa marque. Ce problème existe dans la RSE, je ne le nie pas. C’est aux ONG et aux citoyens de réagir. L’entreprise n’a pas intérêt à susciter l’opposition ou le boycott de ses produits.

Nous ne sommes qu’au tout début du processus. Les nouveaux modèles de prospérité ne sont pas suffisamment appris dans les grandes écoles. Il faudra une ou deux générations pour faire bouger les choses. Le modèle pay-back de l’entreprise qui détruit l’environnement puis se contente de payer pour les dégâts occasionnés n’est plus valide. Ni celui de l’entreprise des années 1970 défendu par Friedman qui ne rend compte qu’à ses actionnaires. L’entreprise durable n’a rien à voir avec ce modèle.

Je lis la tendance, le mouvement. L’entreprise qui sera gagnante sera l’entreprise durable sinon elle aura perdu ses actionnaires et ses clients. Il n’y aura pas d’entreprises gagnantes dans un monde qui perd.

N’est-ce pas une question de gouvernance générale, mondialisée ?

Cette bascule vers le bien commun, le chef d’entreprise doit l’anticiper sous peine de subir en permanence les interpellations démocratiques. Voyez Uber, la ville de Londres vient de lui refuser l’accès à son territoire parce qu’elle considère que cette entreprise n’a pas d’engagement de responsabilité vis-à-vis de ses parties prenantes !

Nous sommes à un moment particulier de la croissance du monde. L’entrepreneur est interpellé dans ses missions, entre business et bien commun. Certains vont anticiper d’autres non.

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Bravo, vous vous apprêtez à rentrer dans une nouvelle ère.

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