Interview de Céline, co-gérante de « La Bonne Pioche », cette épicerie d’alimentation en vrac créée à Grenoble en 2016. Positionnée sur un segment de la distribution alimentaire émergent mais très en phase avec les attentes de la clientèle, ses deux créatrices ont développé ce projet en alignant leurs valeurs personnelles et professionnelles : statut de SCOP, transparence et confiance dans les rapports avec les agriculteurs et ses parties prenantes comme ses clients à qui il est proposé de participer tant sur les idées que sur le plan financier pour faire grandir l’épicerie. Une entreprise où le capital humain et relationnel compte beaucoup dans son rayonnement, un atout en phase de démarrage. Et si votre entreprise lui achetait ses produits alimentaires pour ses événements festifs ou lui demandait d’accompagner une démarche santé par la nutrition ? N’est-ce pas différenciant et également porteur de sens ? Une manière de valorisation et de co-développement de capital immatériel (marque, cohésion, partenariat local).

Comment a démarré la Bonne Pioche ?

Céline : La Bonne Pioche, c’est tout d’abord le projet de Bertile. Sortie du parcours Entrepreneuriat de l’IAE de Grenoble, elle souhaitait monter une épicerie d’alimentation en vrac. Mais elle a laissé ce projet à l’état d’idée. Lorsque nous nous sommes retrouvées à l’Université Grenoble-Alpes, elle m’a parlé de ce rêve. Je lui ai demandé pourquoi elle ne le réalisait pas ? Elle cherchait un associé pour porter le projet avec elle. Comme nous partagions les mêmes valeurs, nous avons décidé de nous lancer en Janvier 2016. Le projet a abouti en septembre 2016 grâce entre autres, au financement participatif.

Notre principal objectif est de sensibiliser à une consommation plus responsable en proposant des produits locaux sans emballage. Selon moi, ce projet mené depuis deux ans, est un outil de sensibilisation et d’intégration implicite de valeurs, pas moralisateur. Notre épicerie est un outil, éthique, simple et transparent pour tous.

Comment fonctionne cette épicerie en vrac, quelles sont ses valeurs ?

Nous sommes une société coopérative (SCOP) composée de deux associées, Gwennaig (qui a remplacé Bertile) et moi-même, responsables des décisions. Nous sommes toutes les deux interdépendantes même si Gwennaig s’occupe plus des finances et moi de la communication. Nous avons également un salarié, Cyril ayant pour principal rôle la réception des livraisons, la mise en rayon et le service à la clientèle. Dans notre SCOP, nous avons choisi comme modèle d’avoir la possibilité de proposer aux salariés de s’associer au bout d’un an et d’avoir ainsi le même droit de vote que les autres aux assemblées générales. Cette épicerie, pour moi, est bien plus qu’une entreprise, il y a peu de frontière entre le professionnel et le privé. Chacun de nous partage les mêmes valeurs, ce qui est essentiel pour la cohérence de l’entreprise. Les principales valeurs que notre épicerie porte sont les suivantes :

– la réduction des déchets,

– la réduction du gaspillage alimentaire,

– le travail en circuit court avec des produits locaux,

– proposer un commerce de proximité favorisant les échanges.

 

Qui sont les parties prenantes de votre entreprise et quelles sont vos relations avec eux ?

Céline : Il y a un engouement quotidien pour notre épicerie. En effet, de plus en plus de monde afflue même si nous n’avons pas encore atteint notre seuil de stabilité. C’est bien grâce à nos clients que notre aventure se poursuit ! Ils ont participé au budget participatif, au mur de idées… Notre clientèle est très variée :

  • Les habitants du quartier qui apprécient l’idée du commerce de proximité et qui, à force d’usage, adhèrent à nos valeurs.
  • Les étudiants qui sont de plus en plus sensibles à l’environnement, à la gestion des déchets et aux produits locaux. La majorité d’entre eux viennent de l’IAE (Institut des Administrations et des Entreprises) et des INP (Institut National Polytechnique) et GEM (Grenoble École de Management).
  • La population des « engagés convaincus » qui ont toujours consommés différemment.
  • Et enfin, les familles avec de jeunes enfants qui leur permettent d’avoir un regard alternatif sur les modes de consommation.

En ce qui concerne les fournisseurs, Eric vient des environs. Il livre ses œufs ainsi que les salades et le fromage de ses voisins pour rentabiliser le trajet. La franchise établie avec les fournisseurs lors de la mise en place de notre collaboration n’établit pas de contrat et se base sur l’honnêteté et l’absence de négociation des prix. Nous pensons que le prix qu’ils nous demandent pour leurs produits correspond à ce qu’ils ont besoin pour vivre.

Propos recueillis par Pauline GEY, étudiante en Master Management de l’Innovation, Université Grenoble-Alpes.

 

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